Mais que fait donc la justice pour l’Océan ?

par | 8 Oct 2026 | La défense des droits de l'Océan, News

Quels sont les chiffres qui traduisent les actions de la justice en matière de protection environnementale aquatique et en Méditerranée en particulier ?

Une exploration s’impose alors que les reculs en matière de droit de l’environnement sont de plus en plus nombreux,

Les chiffres les plus récents publiés par le ministère de la Justice proviennent de la publication Références Statistiques Justice (rééditée en 2026). Ils mettent en lumière une hausse globale des contentieux environnementaux mais révèlent aussi un traitement très spécifique.

Combien d’affaires ?

En 2024, les atteintes à l’environnement ne représentaient que 0,4 % des condamnations en France, et moins de cinq affaires sont assorties d’un emprisonnement.

Environ 18 200 à 22 600 affaires relatives à un contentieux de l’environnement (pollution, détérioration des ressources naturelles) sont enregistrées annuellement par les parquets. Les infractions à l’environnement ont bondi de +7 % sur les dernières périodes pluriannuelles mesurées. Les actes de maltraitance ou infractions contre les animaux représentent à eux seuls un tiers de ces atteintes.

Et pour le milieu aquatique ?

 

Sur une année de référence récente (2023), la Cour des comptes a recensé précisément 482 condamnations pénales prononcées spécifiquement pour des infractions liées à l’eau.. c’est tout !

Quelle réponse pénale ?

L’orientation des infractions liées à l’environnement par le ministère public se distingue nettement de la moyenne nationale du traitement de la délinquance :

Indicateur pénal

Atteintes à l’environnement

Moyenne nationale (Toutes infractions)

Taux de réponse pénale

88 %

86 %

Taux de poursuites (renvoi devant un tribunal)

29 % à 30 %

62 %

Le taux de poursuite : Bien qu’en hausse (il est passé de 24 % en 2020 à 31 % en 2024), moins d’un tiers des infractions identifiées relatives à l’eau débouchent sur un renvoi formel devant un tribunal !

Pourquoi un tel écart ? Le parquet privilégie massivement la procédure alternative aux poursuites (comme les rappels à la loi ou la régularisation écologique) au détriment du procès classique. L’objectif principal de la justice pénale est ici d’obtenir la remise en état des milieux plutôt que la sanction d’emprisonnement.

Oui mais que cela cache-t-il  ?

  • une faible attention pour un faible nombre de dossiers : ceux ayant trait à l’environnement sont de l’ordre de 200 par an dans des tribunaux de taille modeste à intermédiaire, c’est-à-dire la grande majorité des tribunaux ; la plupart des magistrats  croisent peu d’affaires ayant trait à l’environnement. Même les parquetiers « référents environnement » ne consacrent en moyenne que 15% de leur temps à ce contentieux.
  • La complexité de la matière : le droit de l’environnement est réparti dans une quinzaine de codes et revêt une forte dimension technique pour apprécier les techniques ou les informations scientifiques sur le sujet.
  • Une formation insuffisante des magistrats : le droit de l’environnement n’est pas ou peu enseigné.. Difficile de trouver un candidat magistrat capable de définir ce qu’est la biodiversité ou le tissu du vivant . Et par ailleurs les interprétations ou requalification des situations (contexte) de certains juges tendent à valider leurs propres appréciations normées sur leurs connaissances, quand elles ne visent pas à simplement ne pas perdre de temps
  • le contexte d’intérêts socio-économiques a un poids sur les services de l’État ou des parquets

Bref c’est éparpillé, ça demande du temps (ils n’en ont pas), des compétences et des moyens, c’est « peu rentable », ce n’est pas valorisant.

Avec quelles conséquences ?

Le traitement judiciaire des délits liés à l’eau (pollutions majeures, rejets non autorisés, destruction de zones humides,…) privilégie massivement la sanction pécuniaire, mais à des niveaux très modestes :

  • Les peines d’amende (74 % des sanctions) : C’est la réponse pénale quasi exclusive des tribunaux. Cependant, la Cour des comptes pointe du doigt le montant particulièrement bas de ces amendes : la moyenne s’élève à seulement 692 euros par amende. Ce montant est considéré comme dérisoire et non dissuasif pour les entreprises  face au coût économique réel qu’aurait représenté le respect des normes. 

  • L’emprisonnement (Moins de 1 %) : Les peines de prison (ferme ou avec sursis) sont exceptionnelles pour ce contentieux. Moins de 5 affaires par an font l’objet d’une condamnation à une peine d’emprisonnement.

  • Répartition des juridictions : Les poursuites pour atteintes à l’eau se partagent presque équitablement entre la justice de proximité et les délits graves : 52 % sont tranchées par le tribunal de police (contraventions) et 47 % devant le tribunal correctionnel (délits).

Rejets polluants qui aggraveront la pollution de l’estuaire, menaçant les coquillages, les poissons et les oiseaux

Et en Méditerranée ?

Le traitement des atteintes au milieu marin est principalement piloté par le tribunal judiciaire de Marseille via sa Juridiction du Littoral Spécialisée (JULIS) de Marseille, dont le ressort s’étend sur toute la côte sud de la France. Ce territoire combine une activité touristique record (mouillage de plaisance, grands navires de croisière), un trafic commercial dense, et des écosystèmes particulièrement sensibles (Parc national des Calanques, sanctuaire Pelagos).

Les statistiques pénales et les récentes données de la préfecture maritime mettent en évidence plusieurs caractéristiques majeures.

  • Un passage vers la justice transactionnelle :La JULIS de Marseille s’est illustrée récemment par l’usage de la Convention Judiciaire d’Intérêt Public (CJIP) environnementale, transactions évitant le passage au pénal, pour accélérer les sanctions contre les navires commerciaux ou de croisière, sans passer par un procès traditionnel long. A Fin 2025, le parquet de Marseille a validé des procédures de CJIP pour sanctionner plusieurs navires battant pavillon étranger en escale, totalisant 465 000 euros d’amende en une seule vague de règlements. Ces sanctions ciblaient principalement le rejet illégal d’eaux usées dans les eaux territoriales et l’utilisation de carburants non réglementaires (dépassement des taux de soufre autorisés dans l’atmosphère portuaire).
  • Une sévérité historique confirmée sur la pollution atmosphérique des navires La jurisprudence de la façade méditerranéenne a fermement ancré la responsabilité pénale individuelle des capitaines. C’est à Marseille qu’a été prononcée la condamnation historique d’un capitaine de navire de croisière américain à 100 000 € d’amende pour l’utilisation d’un fioul lourd trop polluant. Cette décision, définitivement validée par la Cour de cassation, oblige désormais les parquets de la façade à traquer non seulement les pollutions physiques de l’eau (rejets d’hydrocarbures), mais aussi les pollutions atmosphériques maritimes, une spécificité très forte du port de Marseille.
  • Mais  aussi …

…Une grande faiblesse sur la protection des habitats

Contrairement à la façade atlantique, marquée par de grands accidents ou des dégazages au large, la Méditerranée fait face à une explosion des « infractions de proximité » et de la plaisance  avec des infractions de plus petite échelle mais nombreuses et très répétitives :

  • Pêche illégale et braconnage : Les parquets de Marseille et de Toulon enregistrent une quinzaine d’affaires complexes de braconnage commercial par an (revente illégale à des restaurateurs), en plus de dizaines de contraventions pour la pêche de loisir non autorisée. Lors des démantèlements de réseaux, les volumes font frémir . Exemple : Une affaire majeure a mis en lumière le pillage de plus de 4,5 tonnes de poissons (dont des mérous protégés), 300 kg de poulpes et 194 000 oursins sur quelques années. Pour le braconnage en bande organisée et le travail dissimulé, le tribunal correctionnel prononce des peines allant de 15 à 18 mois de prison avec sursis. Quant aux Les braconniers professionnels ou récidivistes ils écopent d’amendes individuelles d’environ 15 000 €, accompagnées du retrait du permis de pêche ou de l’interdiction de détenir une embarcation.

 

  • Réglementation sur les mouillages :Le mouillage des grands navires et yachts de luxe (qui arrachent les herbiers avec leurs ancres et chaînes) constitue le gros des dossiers de destruction d’habitats marins. Les contrôles renforcés de la gendarmerie maritime et des agents des parcs génèrent plus de 100 procès-verbaux par an sur la façade. Seules les infractions les plus graves (navires de plus de 20 à 24 mètres) sont renvoyées devant le tribunal. Le tribunal maritime de Marseille traite environ 5 à 10 dossiers majeurs par an donnant lieu à des procédures : amende, préjudice écologique aujourd’hui remis en cause (voir ci-après)Les capitaines ou armateurs écopent systématiquement d’amendes pénales substantielles, oscillant généralement entre 10 000 € et 25 000 €. Ces peines sont parfois assorties d’une interdiction de naviguer dans les eaux françaises pendant un an. L’indemnisation du préjudice écologique qui permet de rendre un peu plus dissuasif (‘un hectare de posidonie vaut environ 86 500 € par an)lemouillage en zone interdite fait l’objet d’une jurisprudence de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence quant aux méthodes de preuve des dommages réels, diminuant la portée de ces 5 à 10 dossiers par an (alors que plusieurs centaines de procès-verbaux sont initialement réalisés)

 

  • Pollution côtière diffuse : Les parquets reçoivent une part importante de signalements liés aux rejets sauvages d’eaux grises/noires et à la gestion des déchets dans les ports de plaisance.
Braconnage à la Réunion
vue générale d'un champ de posidonie

Résumons-nous :

 

– environ 20 000 affaires en moyenne par an pour l’environnement

– environ 1800 pour le milieu aquatique (~10%)

– en Méditerranée, hors pollution maritime,  25 affaires (!!!)  :une quinzaine d’affaires de braconnage et de 5 à 10 mouillages illégaux pour plusieurs centaines de procès verbaux

 

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