Dans l’océan Austral, le krill occupe une place bien plus importante que dans les autres océans où les petits poissons pélagiques abondent : car dans cet océan, il est quasiment la seule espèce proche de la surface qui fait le lien entre le microscopique plancton végétal et les grands animaux. C’est pourquoi le développement de sa pêche industrielle menace l’ensemble de l’écosystème pélagique antarctique.
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Le krill : description et importance
Sous le nom de krill se regroupent au moins 85 espèces dont les adultes mesurent de 1 à 6 cm, réparties dans toutes les mers du monde. Ce sont de petits crustacés, aux allures de crevette, qui appartiennent à l’ordre des Euphausiacés.
Le krill antarctique (Euphausia superba) est le plus gros et le plus abondant. Il vit en grands bancs ou « essaims » qui comptent parfois plus de 20 000 individus par mètre cube ! Dans l’océan austral, il a une place centrale, au cœur de l’écosystème, comme nulle part ailleurs. Il fait le lien entre le minuscule plancton végétal et les grands animaux, oiseaux, baleines et phoques.
Le phytoplancton, grâce à la photosynthèse, capte le CO2 et rejette l’oxygène O2. C’est ainsi que l’Océan mondial fournit 50% de l’air que nous respirons, c’est dire son importance !
En consommant le phytoplancton, le krill rejette des excréments riches en azote et en phosphore, éléments essentiels à la croissance des algues. Comme tous les herbivores, il recycle la matière organique en circuit court !
Le krill joue également un rôle dans le cycle du carbone qu’il a ingéré avec sa nourriture. Lorsqu’il meurt, le carbone est emmené au fond de l’Océan. Chaque année, des dizaines de millions de tonnes de carbone sont ainsi transférées vers les fonds marins. C’est l’un des mécanismes naturels les plus efficaces de séquestration du carbone.
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Le krill : au centre de la Vie océanique
Mais surtout, le krill antarctique, souvent qualifié de « pierre angulaire », occupe une place centrale dans l’océan Austral,. Plus de 200 espèces marines dépendent directement ou indirectement de son abondance pour se nourrir. Les immenses baleines à fanons, dont la baleine bleue, le plus grand animal vivant, se nourrissent presque exclusivement de krill durant l’été antarctique. Les phoques crabiers, les manchots empereurs, les manchots Adélie, les pétrels, les albatros, de nombreuses espèces de poissons et de calmars dépendent, eux aussi de cette ressource essentielle. Le krill est donc un maillon clé du réseau trophique antarctique, vecteur d’énergie : il transmet cette énergie à tout le réseau trophique la rendant ainsi disponible aux grands animaux marins tels que les baleines, les phoques et les oiseaux marins
Cette dépendance est si forte qu’une diminution du krill provoque des effets catastrophiques sur l’ensemble des populations de grands animaux : sur les baleines qui sont venues pendant le court été austral constituer leurs réserves de graisse pour l’année, avant de retourner dans les eaux chaudes où elles vont jeûner. Mais aussi sur les oiseaux et les phoques : sans krill, les poussins affamés meurent ! Les mamans phoques gestantes n’arrivent pas à terme, et celles qui n’avortent pas ne peuvent allaiter leurs petits.
Le krill : alerte et perdition
Y a-t-il une seule bonne raison de pêcher du krill Antarctique ?
En Antarctique, la pêche du krill déséquilibre l’ensemble de l’écosystème qui repose sur cette espèce charnière. En prélevant chaque année des centaines de milliers de tonnes de krill, la pêche industrielle entre en concurrence directe avec la faune sauvage en vampirisant sa seule ressource alimentaire.
Et pour qui ?
C’est là le cœur de la question, car ces captures ne sont pas destinées à nourrir des populations humaines confrontées à l’insécurité alimentaire. Elles servent à produire des compléments alimentaires riches en oméga-3, des croquettes pour animaux domestiques, et surtout des farines affectées à l’aquaculture industrielle de poissons carnivores, notamment les élevages de saumons. En effet, la couleur rose orangée des saumons n’existe que si ces poissons mangent du krill ! La Norvège est ainsi le principal pays pêcheur et utilisateur de krill.
En d’autres termes, nous prélevons un maillon clé de l’écosystème antarctique pour que des industries de transformation s’enrichissent dans les pays du Nord.
La pression exercée sur le krill est toujours plus forte : elle a été multipliée par 6 en 20 ans ! La Russie et le Japon sont intervenus dernièrement, non seulement pour empêcher une réduction des quotas de pêche, mais pour, à nouveau les multiplier par 2 !
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Un scientifique ukrainien a même été arrêté en Russie pour avoir défendu la restriction sur la pêche du krill. C’est un sujet très sensible sur la scène internationale à cause, toujours, des enjeux financiers.
Cette pression intervient au pire moment. Certains scientifiques estiment que le changement climatique provoquerait la diminution des populations de krill antarctique. Car la fonte de la banquise réduirait les surfaces qui servent d’abri à ses larves et de support pour les algues dont il se nourrit. Ils estiment que les populations de krill ont chuté de 80% dans certaines régions, notamment le long de la péninsule Antarctique.
Dans les zones qui sont les principales aires d’alimentation des baleines et des manchots, les navires-usines modernes peuvent pomper jusqu’à 1000 tonnes de krill par jour !
D’un côté on protège les baleines par un moratoire interdisant leur capture, et de l’autre côté on les prive de nourriture !!!
Continuer d’intensifier la pêche du krill déjà fragilisé par la disparition de son habitat revient à accélérer la crise écologique en cours.
Préserver le krill, c’est maintenir l’équilibre précaire de l’Océan austral et, à travers lui, une part cruciale du fonctionnement de notre planète.
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