Partenaire de Longitude 181 depuis 11 ans, la fondation algérienne PROBIOM (Protection de la Biodiversité Marine) est très active sous la direction du Dr. Emir Berkane, qui est à la fois fondateur de Probiom et coresponsable du programme Au nom des requins de Longitude 181. Le 8 juin 2026, journée mondiale de l’Océan, une conférence-débat à Annaba (Algérie) réunissait un cuisinier renommé, Abdelkrim Boutabba, et Emir Berkane sur le sujet : « Doit-on continuer à consommer du chien de mer en Algérie ? »
Une conférence avec un public très nombreux et plusieurs personnalités
Devant une salle archi-comble à l’Institut Français d’Annaba, en présence de François Pugeaut, Consul de France à Annaba et Constantine, Cécile Renault, Directrice de l’Institut Français d’Algérie, et des cinq directeurs des Instituts Français d’Algérie, ainsi qu’une foule d’universitaires, d’amoureux de la mer et de curieux des requins, la conférence-débat a été un évènement très suivi et un succès.
« Doit-on continuer à consommer du chien de mer en Algérie » a été animée par Abdelkrim Boutabba, célèbre chef cuisinier à Annaba, et le Dr Emir Berkane, président de PROBIOM et coresponsable du programme « Au nom des requins » de Longitude 181.
Ce chef cuisinier, pêcheur loisir de surcroit, a cuisiné du chien de mer pendant 4 décennies. Il a même, à l’époque où les requins-marteaux étaient encore abondants en Méditerranée, pêché ces requins dans le golfe de La Marsa, cette même baie où, en 2015, Longitude 181 et PROBIOM ont démarré leur collaboration pour la protection des requins. Aujourd’hui, les requins-marteaux ont quasiment disparu de Méditerranée et sont classés « En danger critique d’extinction » par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). Plus de 80% de la population mondiale a disparu en 50 ans.
Le témoignage de Abdelkrim Boutabba a été bouleversant. Le chef a souligné ses craintes et sa tristesse de voir de moins en moins de poissons sur le littoral algérien. Il a souligné l’urgence à préserver les requins et a expliqué, avec ses mots, le rôle rempart de l’espèce.
Emir Berkane, quant à lui, s’est concentré sur un point important de la problématique qui est que, en Algérie, « tout est vendu sous le générique chien de mer » : les espèces relativement abondantes comme les espèces en danger d’extinction. Emir Berkane a ensuite fait une rétrospective photographique alarmante de captures de requins mako, bleus, renards, dans les poissonneries d’Annaba. Il a présenté une photo récente de « chats de mer », nouvelle tromperie commerciale pour qualifier les juvéniles de la petite roussette !
Un plaidoyer commun, à deux voix, pour cesser de consommer toutes les espèces de requins en Algérie.
Le débat avec la salle fut très riche et les questions multiples, les discussions ont profité de la présence dans l’audience des professeurs Farid Derbal et Djebar Borhane de l’Université d’Annaba (département des Sciences de la Mer) qui ont enrichi le dialogue.
Vers le début d’une prise de conscience ?
Cette confrontation intéressante a permis de mettre en lumière l’effondrement des populations de poissons et requins. Les débats sur la disparation de la faune marine sont encore bien trop rares en Algérie, et c’est une façon d’informer le public à qui l’on cache la vérité.
En effet, comme le souligne Emir Berkane, Longitude 181 et d’autres associations comme Ethic Ocean, il est essentiel de nommer précisément chaque espèce pour que chacun puisse choisir, en conscience, ce qu’il achète : « Une espèce que l’on sait nommer est aussi une espèce que l’on peut mieux protéger. »
En mer, les plongeurs, comme les pêcheurs, sont les premiers à remarquer l’effondrement des espèces marines. L’Océan n’est pas infini et nous sommes en train de le vider.
Refusons d’acheter des espèces sous un nom purement commercial, nous devons savoir ce que nous mangeons. Et les espèces classées « vulnérables » ou « en danger d’extinction » ne doivent pas être commercialisées. C’est une information qui doit nous être donnée.
Expositions « Regards de requins »
En parallèle de la conférence, Emir Berkane a présenté sa 1ère exposition de photographies documentaires consacrée aux requins. Cette exposition a permis de découvrir 6 espèces différentes : requins tigre, bleu, longimane, mako, nourrice et citron. Des photos tirées des 3 missions réalisées pour le kit pédagogique « Comprendre le requin », conçu par Hamza Mendil, dont vous pouvez suivre l’avancée par des articles réguliers.
Emir Berkane souligne également que cette exposition « a permis au public d’Annaba, de voir un algérien comme eux plonger, paisiblement et sans crainte, au milieu des requins, loin du cliché des dents de la mer qui a encore la vie dure, aussi sur la Rive Sud de la Méditerranée »
Et surtout, ce fut l’occasion de parler de singularité et de personnalité chez les requins, en racontant l’histoire de requins connus et suivis depuis des années : Emma et Tequila, les requins tigres, ou Daisy, la requin citron. Idée défendue par les spécialistes de l’interaction Vincent et Debra Canabal (Epic Diving), Steven Surina, François Sarano et le chercheur Eric Clua.
En leur donnant un prénom, nous luttons contre la réification des êtres vivants, considérés comme de la matière exploitable, et non comme des individus à part entière, différents les uns des autres, singuliers, et donc non-remplaçables l’un par l’autre comme des objets.
C’est aussi le début d’une reconnaissance plus approfondie de nos coloca-Terre !
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