Interdépendances, Biodiversité et Réserve en libre évolution

par | 3 Juin 2026 | La défense des droits de l'Océan, News

Qu’est-ce qu’un être vivant ? Une forme, des caractéristiques anatomiques ? ou plutôt la multiplicité des liens qui le relient à tous les autres ? L’ensemble de ses interdépendances qui le construisent au fil de son existence, et qui forgent son identité, sa singularité.

Dans ce cas, la préservation de la biodiversité passe par la préservation de tous ces liens qui unissent les individus, de toutes ces interdépendances. Elle passe par des réserves marines sans prélèvement, en libre évolution.
Explications de François Sarano.

Rapport missions Whaleway 2024-2025-cachalots de Méditerranée Longitude181-CIAN

Un Vivant seul, cela n’existe pas

Il n’y a pas de vie sans relations avec l’environnement physico-chimique : l’eau, les sels minéraux, l’oxygène, la température…etc. Il n’y a pas de vie non plus sans interdépendances avec les autres êtres vivants. Un être vivant est mieux défini par les relations qu’il noue avec les autres, et le milieu dans lequel il vit, que par sa morphologie.

Si je devais définir qui est François Sarano, je ne dirais pas : il a des bras, des jambes, un grand nez, et des oreilles décollées… un corps d’humain, c’est un humain. Non. Je dirai : avec Véronique, son épouse, et ses amis, il a co-fondé Longitude 181, il a travaillé avec l’équipe de Jacques Perrin pour le film OCEANS, il a été avec l’équipe du commandant Cousteau, il a nagé avec Lady Mystery, la requin blanc, et Eliot, le cachalot… Je le définirai par les relations qu’il entretient avec les AUTRES, ces relations qui l’ont construit et qui définissent, organisent, aujourd’hui sa place fonctionnelle au sein de la société, sa place au sein de l’écosystème.

Et ces relations ne sont pas seulement les relations sociales les plus évidentes, mais encore, les relations biologiques indispensables avec son microbiote cutané ou intestinal sans lequel il ne peut digérer. On peut même se poser la question de la définition de ce qu’est un individu puisque, sans les autres, il dépérit…  Il en va de même pour chaque créature vivante : le chêne, la bactérie, le mérou, ou le requin blanc…

Posters présentant l'étude des dialogues entre 2 jeunes cachalots mâles

Un être vivant est mieux défini par les relations qu’il noue avec les autres, et le milieu dans lequel il vit, que par sa morphologie. (© F. Sarano – « Justice pour l’étoile de mer » – 2025)

Chaque être vivant est un noeud d’interdépendances au sein de la toile du vivant

Chaque organisme n’en est pas moins singulier, car son génome est unique et surtout les interdépendances qu’il noue au cours de sa vie sont uniques. Plus l’organisme vieillit, plus sa singularité augmente. Dans le cas des organismes complexes, à durée de vie longue, dotés d’une forte mémoire et d’une capacité analytique, les expériences et la diversité des relations avec les autres forgent la singularité de la personnalité.

Ainsi chaque être vivant est un entrelacement singulier d’interdépendances qui construisent et définissent sa place au sein de la société, au sein de l’écosystème planétaire : la biosphère, si bien symbolisée par l’expression « Toile du vivant ».

Cette toile du vivant s’est maintenue sur la planète, malgré les catastrophes qui ont engendré des changements majeurs du milieu physique et climatique, parce qu’elle s’est appuyée sur l’extraordinaire diversité de ces entrelacements de relations.
C’est cette diversité des interdépendances qu’il faut à tout prix préserver si l’on veut offrir à nos enfants un monde habitable et rieur, loin du monde virtuel-carcéral et sans âme vers lequel nos sociétés foncent.

Et ce noeud d’interdépendances évolue avec l’âge

Si l’on veut tendre vers la plus grande diversité des interdépendances que le vivant puisse offrir, c’est-à-dire la garantie la plus forte du maintien de la vie sur la planète, il ne faut pas seulement préserver chaque espèce, chaque génome, mais il faut permettre à chaque créature de tendre vers sa longévité maximum. En effet, les interdépendances évoluent avec l’âge ! La place au sein de l’écosystème évolue avec l’âge.

Le petit François de 4 ans qui joue avec un requin gonflable n’a pas la même place dans la société-écosystème que le François de 50 ans qui nage avec Lady Mystery, ou le François de 70 ans qui écrit ce texte pour chacun de vous. Et pourtant ces 3 François appartiennent bien à l’espèce humaine et ont bien toujours le même génome…
En revanche, leurs relations avec les Autres ont formidablement changé, bouleversant du même coup la place de chacun de ces François au sein de l’écosystème.

Francois Sarano et le requin nont pas les mêmes interdépendances à 4 ans et à 50 ans

Francois Sarano n’a pas les mêmes interdépendances avec les requins à 4 ans et à 50 ans.

L’âge est donc l’élément structurant de la biodiversité

La biodiversité fonctionnelle s’accroit avec l’âge des individus ! Ainsi quand on parle de préserver la biodiversité, il ne suffit pas de préserver une collection d’espèces, ou de gènes, il faut préserver l’ensemble des classes d’âges de chaque espèce puisqu’à génome constant le jeune n’occupe pas la même place dans l’écosystème que l’individu âgé.

C’est particulièrement saisissant chez les « espèces habitats ». Un chêne, un hêtre, un tilleul de 1 an, ont tous 3 à peu près la même place fonctionnelle dans l’écosystème, bien qu’ils appartiennent à 3 espèces différentes. En revanche, le chêne de 500 ans, dont est issu le chêne d’un an, – même espèce, même génome – occupe une place que l’on ne peut comparer avec celle de son rejeton. Le chêne de 500 ans climatise, humidifie, ombrage, abrite, nourrit, entretient des relations par ses mycorhizes avec les autres arbres,.. Il a des relations avec une foultitude d’organismes vivants, du lichen au pic noir…

Il en va de même pour les coraux ou les bryozoaires qui construisent des récifs au cours de leur vie : ils offrent de multiples anfractuosités pour s’abriter, décuplent les surfaces pour se fixer et multiplient ainsi la diversité des relations entre vivants.

Répartition des classes d’âge dans une population en libre évolution. Lorsqu’elle est seulement soumise aux contraintes du milieu physique et aux prédateurs, la population (en gris) compte toujours de grands individus âgés qui ap­prochent la longévité maximale de l’espèce. L’espérance de vie des jeunes adultes tend vers cette longévité maximale (© F. Sarano – « Justice pour l’étoile de mer »- 2025).

Préserver la biodiversité, c’est donner le temps de vieillir à chaque Vivant 

En conséquence si l’on veut préserver la biodiversité, il est nécessaire de prendre en compte l’âge des individus et donc de laisser vieillir ! Pour qu’une forêt ou un récif à bryozoaires atteignent leur plénitude il faut des centaines d’années… On ne fait pas l’économie du temps ! Seuls les écosystèmes en libre évolution « sans extraction ou prélèvements anthropiques industriels » garantissent à chacun qu’il puisse tendre vers la longévité maximale…

Pourquoi ? parce que nous, les humains, contrairement à l’ensemble des autres prédateurs qui prélèvent les jeunes, nous prélevons les adultes (les plus gros poissons)… Par conséquent nous privons l’écosystème des individus âgés et de la richesse de leurs interdépendances.

Pire, notre rythme d’exploitation est tel que, plus jamais, les adultes ne vont atteindre la longévité maximale de l’espèce. Ainsi dans un système exploité, l’espérance de vie d’un adulte tend vers l’âge de maturité sexuelle…. Alors que, dans un écosystème naturel, l’espérance de vie d’un adulte tend vers la longévité maximale de l’espèce.

Rapport missions Whaleway 2024-2025-cachalots de Méditerranée Longitude181-CIAN

Répartition des classes d’âge dans une population exploitée (en gris). L’exploitation fait disparaître les grands individus âgés qui ne sont plus jamais remplacés, car le rythme d’exploitation ne laisse pas le temps aux jeunes adultes de vieillir. Leur espérance de vie dépasse à peine l’âge de la maturité sexuelle. Il n’y a plus de gros/grands individus (© F. Sarano – « Justice pour l’étoile de mer » – 2025)

C’est pourquoi, pour qu’une réserve marine joue pleinement son rôle, il ne devrait y avoir aucun prélèvement

Livre 'Justice pour l’étoile de mer' par Marine Calmet et François Sarano

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