Le Krill : acteur de la Vie océanique et terrestre !

par | 3 Juin 2026 | Interdépendances, News

Comment le krill est-il à la base de nombreuses interdépendances marines et terrestres­ ?

Contrairement à une idée bien ancrée qui vise plutôt les grands prédateurs, la chaine alimentaire, et donc la Vie océanique, animale et végétale, dépend en grande partie de ce tout petit crustacé. Et celui-ci est aussi à l’origine d’interactions considérables pour bien d’autres éléments, dont l’humanité toute entière !

Le krill est à la base de nombreuses interdépendances marines et terrestres

Le krill : description et importance

Sous le nom de krill se regroupe au moins 85 espèces dont les adultes mesurent de 1 à 6 cm, réparties dans toutes les mers du monde. Le krill appartient à l’ordre des Euphausiacés qui comprend aussi les crabes et les crevettes.

C’est le krill antarctique (Euphausia superba) qui est le plus convoité à cause de ses qualités nutritives, aussi bien pour les animaux marins que pour les humains. Il se déplace en grand groupe qu’on appelle « essaims » atteignant parfois plus de 20 000 individus par mètre cube !

Le krill antarctique est l’une des espèces les plus importantes de la planète. Il est la base de la Vie océanique et il est tout à fait indispensable à la Vie terrestre.

Il est nécessaire à tous les niveaux de la faune marine, on le verra au paragraphe suivant, et il agit aussi sur la flore. C’est le début de notre interdépendance avec l’Océan et ses microorganismes !

Le phytoplancton, grâce à la photosynthèse, capte le CO2 et rejette l’oxygène O2. C’est ainsi que l’Océan fournit 50% de l’air que nous respirons, c’est dire son importance !

En consommant le phytoplancton, le krill rejette des déchets contenant de l’azote et du phosphore, éléments essentiels à la croissance des plantes, il participe alors à la fertilisation des océans, et favorise le développement du phytoplancton.

Le krill joue également un rôle déterminant dans le cycle du carbone qu’il a ingéré avec sa nourriture. Lorsqu’il meurt, le carbone est emmené au fond de l’Océan. Chaque année, des dizaines de millions de tonnes de carbone sont ainsi transférées vers les fonds marins où elles peuvent rester stockées pendant près d’un millénaire ! C’est l’un des mécanismes naturels les plus efficaces de séquestration du carbone.

C’est le krill antarctique, Euphausia superban, qui est le plus convoité à cause de ses qualités nutritives

Le krill : acteur de la Vie océanique et terrestre

Le krill antarctique est souvent qualifié de « pierre angulaire » de l’océan Austral tant son rôle dans le réseau du vivant est déterminant. Plus de 200 espèces marines dépendent directement ou indirectement de son abondance pour survivre. Les immenses baleines à fanons, dont la baleine bleue, le plus grand animal ayant jamais vécu sur Terre, se nourrissent presque exclusivement de krill durant la saison estivale antarctique. Les phoques crabiers, les manchots empereurs, les manchots Adélie, les pétrels, les albatros, de nombreuses espèces de poissons et de calmars dépendent eux aussi de cette ressource énergétique exceptionnelle. Le krill agit comme un point central, vecteur d’énergie : il transmet cette énergie à toute la chaine alimentaire  la rendant ainsi disponible jusqu’aux grands prédateurs marins tels que les requins et les orques.

Cette interdépendance est si forte qu’une diminution du krill provoque des effets en cascade : les baleines doivent parcourir de plus longues distances pour trouver leur nourriture, les manchots élèvent moins de poussins et de nombreuses populations animales voient leur reproduction diminuer.

Mais cette chaîne ne s’arrête pas aux frontières de l’océan. En soutenant les écosystèmes marins, le krill contribue à maintenir les ressources halieutiques dont dépendent des millions de personnes à travers le monde.

Ainsi, derrière son apparence discrète, le krill est l’un des organismes les plus importants de la planète. Véritable trait d’union entre le monde microscopique du phytoplancton et les plus grands animaux ayant jamais vécu sur Terre, il soutient la biodiversité océanique, participe à la régulation du climat et contribue indirectement au maintien des conditions nécessaires à la vie humaine.

Le krill antarctique est souvent qualifié de 'pierre angulaire' de l'océan Austral tant son rôle dans le réseau du vivant est déterminant

Le krill : alerte et perdition

Y a-t-il une seule bonne raison de pêcher du krill Antarctique ?

En prélevant chaque année des centaines de milliers de tonnes de krill, la pêche industrielle entre en concurrence directe avec la faune sauvage en lui enlevant une ressource vitale.

L’océan austral a toujours été en équilibre. Lorsqu’on pêche le krill, on vampirise la nourriture de tous ces animaux qui n’ont … aucune autre proie.

L’absurdité de cette pêche apparait encore plus clairement lorsqu’on examine les usages du krill capturé.

Ces captures ne sont pas destinées à nourrir des populations humaines confrontées à l’insécurité alimentaire. Elles sont utilisées pour la production de compléments alimentaires riches en oméga-3, des croquettes pour animaux domestiques et surtout pour des farines affectées à l’aquaculture industrielle, notamment les élevages de saumons. En effet, la couleur rose orangée des saumons n’existe que si ces poissons mangent du krill ! La Norvège est un utilisateur majeur de krill.

En d’autres termes, nous prélevons un maillon indispensable de l’écosystème antarctique pour soutenir des activités des pays du Nord et dont des alternatives existent déjà.

La pression exercée sur le krill est toujours plus forte : elle a été multipliée par 6 en 20 ans, et la Russie et le Japon sont intervenus dernièrement non seulement pour empêcher une réduction des quotas de pêche, mais pour à nouveau les multiplier par 2 !

Lorsqu’on pêche le krill, on vampirise la nourriture de tous ces animaux qui n’ont aucune autre proie

Un scientifique ukrainien a même été arrêté en Russie pour avoir défendu la restriction sur la pêche du krill. C’est un sujet très sensible sur la scène internationale à cause, toujours, des enjeux financiers.

Cette pression intervient au pire moment. Le krill antarctique est déjà fragilisé par le réchauffement climatique. La fonte de la banquise réduit les surfaces qui servent d’abri à ses larves. Certains scientifiques estiment que les populations de krill ont chuté de 80% dans certaines régions.

Dans les zones qui sont les principales aires d’alimentation des baleines et des manchots, les navires-usines modernes peuvent pomper jusqu’à 1000 tonnes de krill par jour.

D’un côté on protège les baleines par un moratoire interdisant leur capture, et de l’autre côté on les prive de nourriture !!!

Continuer d’intensifier la pêche du krill déjà fragilisé par la disparition de son habitat revient à accélérer la crise écologique en cours.

Préserver le krill, c’est protéger toutes les interdépendances marines et humaines, c’est protéger l’équilibre de l’Océan et, à travers lui, une part cruciale du fonctionnement de notre planète.

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