Débat sur les Droits de l’Océan au Sénat avec Mathilde Ollivier et Longitude 181 | Wild Legal

par | 25 Fév 2026 | Actualité Requins, La défense des droits de l'Océan, News

À l’heure où les crises écologiques s’accumulent et où les océans suffoquent en silence, une question s’impose avec urgence : sommes-nous prêt·es à repenser notre rapport au vivant ?

Au Sénat, la projection du film de Léa Ducré « Faites entrer la Nature, la bataille pour les droits de l’océan » a été suivi d’un débat avec Carole Kinnaert (Longitude 181), Marine Calmet (juriste, fondatrice de Wild Legal), et Léa Ducré (réalisatrice) en compagnie de la sénatrice Mathilde Ollivier.

Car protéger l’océan, ce n’est plus seulement préserver un paysage : c’est redéfinir notre responsabilité collective face au vivant et lui donner des Droits pour pouvoir être défendu.

Débat sur les Droits de l’Océan au Sénat avec Mathilde Ollivier et Longitude 181 - Wild Legal © Roxane Rabieaux

Et Si… l’Océan devenait sujet de Droit ?

Mathilde Ollivier, sénatrice

À l’initiative de la sénatrice Mathilde Ollivier, la projection du documentaire « Faites entrer la nature, la bataille pour les droits de l’océan » a ouvert un débat qui La défense des droits de l’Océan bien commun droit La Voix de l’océan dépasse largement le cadre environnemental. Ce qui est en jeu, c’est un changement de paradigme.

Depuis trop longtemps, l’Océan est perçu comme un stock, un décor, un espace à exploiter – et à polluer. Or, il est un écosystème vivant, fragile, interdépendant. Il régule le climat, nourrit des millions de personnes, abrite une biodiversité extraordinaire.

Reconnaître des Droits à la Nature, et donc à l’Océan, ne signifie pas le sacraliser. Cela signifie lui donner une protection juridique à la hauteur des menaces qui pèsent sur lui.

En 2025, une proposition de loi portée au Sénat a tenté de mettre fin à une hypocrisie : celle des Aires Marines Protégées (AMP) où la pêche industrielle continue pourtant de détruire les fonds marins. Le texte n’a pas été adopté. Mais le débat a avancé. Et il a rendu visible une évidence : la protection de l’Océan ne peut plus être un slogan.

Protéger l’Océan, c’est allier écologie et justice sociale. C’est refuser que quelques acteurs industriels accaparent les ressources au détriment des écosystèmes et des populations qui en dépendent.

Les requins, révélateurs d’un déséquilibre

Carole Kinnaert, vice-présidente de Longitude 181

Le film met en lumière un cas concret, presque symbolique : celui des requins à La Réunion.

Très souvent mal aimés et jamais compris, ils font partie intégrante de l’équilibre des écosystèmes marins. Comme toutes les espèces, ils participent à la diversité, ce socle indispensable à la bonne santé des milieux marins.

Les chiffres sont implacables : près de la moitié des espèces de requins sont aujourd’hui menacées d’extinction. En cinquante ans, leurs populations ont chuté d’environ 70 %.

Nous sommes en train de les faire disparaître, dans une relative indifférence.

L’association Longitude 181, engagée dans la défense du vivant marin, pointe une disproportion frappante à La Réunion : 11 attaques mortelles en quinze ans, des drames incontestables, face à des campagnes massives de captures et de mises à mort.

Depuis 2011, ce sont 953 requins tués (194 requins bouledogues et 759 requins tigres), et avec eux, des prises accessoires d’espèces parfois en danger critique d’extinction comme le requin-marteau halicorne, ou vulnérables comme certaines raies et autres tortues.

Les attaques peuvent être analysées. Les circonstances étudiées. Les risques réduits. Autrement dit : il existe des moyens d’action autres que l’élimination sans discernement, élimination, rappelons-le, qui n’a jamais prouvée son efficacité.

La question posée dépasse la “crise requin”. Elle est plus vaste : quelle place donnons-nous aux vivants dans nos sociétés ? Reconnaître un droit d’existence aux requins, c’est reconnaître la valeur d’un écosystème entier.

Le Droit peut devenir un outil de transformation, un outil de résistance, un outil d’imagination politique.

Tournage requins à la Réunion ©Benjamin Hoguet

Du plaidoyer aux victoires internationales

Marine Calmet, fondatrice de Wild Legal

Le combat ne s’arrête pas aux frontières nationales. Il se joue aussi dans les arènes internationales.

À l’UNOC (Conférence des Nations Unies pour l’Océan) en juin 2025 à Nice, les discussions sur les droits de la nature se sont révélées laborieuses. Beaucoup de tables rondes. Beaucoup d’écoute du côté de la société civile. Mais peu d’engagement concret de la part des États.

Le décalage est frappant : la société civile avance plus vite que celles et ceux qui négocient les textes.

Pourtant, des avancées existent. Lors du Congrès mondial de la Nature organisé par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) à Abou Dhabi, cinq motions sur les droits de la nature ont été adoptées. Une percée significative.

Là où les experts, les scientifiques et les acteurs de terrain disposent d’un véritable poids politique, le sujet progresse.

Issu du travail des étudiant·es juristes pour l’élaboration d’un procès simulé avec l’association Wild Legal, un document stratégique et juridique sera rendu public avec Longitude 181. Il explorera concrètement les droits des requins et présentera des exemples de Droit comparé. Il ne s’agit plus seulement de principes, mais d’outils. Ce débat n’est pas abstrait. Il touche à notre responsabilité collective. Protéger l’océan, c’est protéger le climat, l’alimentation, les territoires et l’avenir.

Plaidoiries, procès-simulé samedi 7 juin 2025 à la Conférence des Nations Unies sur l'Océan à Nice

« Alors, gardons espoir, pour que cela avance, pour que les Droits de la Nature deviennent un véritable levier, en France et dans tous les autres pays. »

Marine Calmet, Wild Legal

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