Les carnets des Droits de l’Océan #2 | Quand les communautés transforment les droits de l’Océan!

par | 6 Fév 2026 | La défense des droits de l'Océan, News

Longitude 181 vous propose une série de « carnets », sous forme d’articles pour comprendre les différents aspects des droits de l’Océan, ainsi que des sources à consulter pour approfondir.

Cahier #2 : Un mouvement de fond s’élève pour donner des droits à l’Océan. D’où vient-il ?

Pendant longtemps, l’Océan a été envisagé dans les droits et politiques occidentaux comme un espace à exploiter, un gisement de ressources libre et inépuisable, séparé des sociétés humaines. Cette vision utilitariste s’inscrit dans une logique où l’Humanité, occidentale, se place au‑dessus d’une « Nature » objectivée, patrimoniale, disponible pour l’extraction et le commerce.

Les perspectives anthropocentriques et coloniales de l’Océan sont aujourd’hui dépassées. Il nous faut passer de  l’Océan‑ressource à l’Océan‑communauté du vivant !

Les communautés locales montrent la voie !

Les carnets des Droits de l’Océan

Montée en puissance et pluralité des communautés pour le droit de l’Océan

À rebours d’une vision utilitariste, de nombreuses traditions autochtones décrivent l’Océan et plus largement la Terre‑Mère comme un être vivant, sacré, exigeant respect et responsabilités, et non comme un simple stock de ressources. De la Pachamama andine au « bien vivre » (sumak kawsay, suma qamaña), ces cosmologies mettent l’accent sur l’harmonie, la réciprocité et la co‑existence entre humains et non‑humains.

Les traditions religieuses autochtones du monde entier continuent de fournir une vision ancienne mais vivante de la nature comme sacrée, exigeant le respect humain et entraînant des responsabilités humaines.” – Lisa Kemmerer (académicienne américaine spécialiste de l’éthique animale et environnementale, professeur émérite de philosophie et religion)

 

La Déclaration des Droits de l’Océan en soutien

Les communautés – autochtones, côtières, scientifiques, pêcheurs, femmes, jeunes, marins, entreprises – forment aujourd’hui une constellation d’acteurs qui réinventent notre relation à l’Océan et poussent le mouvement des droits de l’Océan à sortir de la seule logique étatique. Leurs savoirs, leurs pratiques et leurs visions du monde sont de plus en plus reconnus dans les sciences, le droit international et les politiques de conservation, même si cette reconnaissance reste fragile et parfois instrumentalisée.

La Déclaration des Droits de l’Océan, portée par L’ongitude 181, soutient ce principe : Promouvoir l’intégration des connaissances scientifiques, indigènes et communautaires, des innovations et des pratiques dans les décisions politiques et les actions qui protègent l’Océan, en garantissant l’approbation et la participation des détenteurs de connaissances, en prévenant la cooptation et en favorisant un partage équitable des bénéfices avec les communautés concernées.

Vers des entités sujets de droits

Dans plusieurs régions du monde, les communautés poussent les systèmes juridiques à reconnaître la personnalité de rivières, de territoires ou d’espèces, ouvrant la voie à des droits de l’Océan.

Ocean rights charte

 En 2019, en Nouvelle‑Calédonie, les Îles Loyauté ont inscrit dans leur code de l’environnement le « principe unitaire de vie », selon lequel l’être humain «« appartient à l’environnement naturel qui l’entoure et conçoit son identité dans les éléments de cet environnement naturel » permettant de reconnaître des éléments de la Nature comme personnes juridiques dotées de droits. Une délibération de l’Assemblée de la province des îles Loyauté, en 2023, y a même créé la catégorie d’« entités naturelles sujets de droits », reconnaissant la personnalité et les droits fondamentaux des requins et des tortues marines.

Des lois autochtones, comme celle du peuple ?Esdilagh sur la rivière Sturgeon au Canada, confèrent explicitement des droits aux eaux et aux poissons, autorisant la suspension ou l’annulation d’autorisations pour protéger l’habitat et le débit fluvial.

À Aotearoa/Nouvelle‑Zélande, la notion de « kaitiakitanga », qui exprime un devoir de tutelle et de soin envers les ressources, est intégrée dans les politiques et guide des décisions qui considèrent l’Océan comme une entité à protéger pour toutes les formes de vie et les générations futures.

Les peuples autochtones ne sont pas qu’un « groupe vulnérable » : ils gèrent des territoires qui concentrent une part très importante de la biodiversité mondiale et portent des systèmes de savoir écologiques sophistiqués (les « TEK » : traditional ecological knowledges).

Marine Calmet (WILD LEGAL) rappelle : « Les peuples autochtones représentent environ 5% de la population mondiale et sont présents sur près d’un quart des terres de la planète, où se trouve environ 80% de la biodiversité. Ils sont des gardiens de cette biodiversité, des acteurs clés de la protection des milieux naturels ».

Un mouvement des droits de l’Océan de plus en plus inclusif

Les démarches onusiennes renforcent cette tendance : la DNUDPA fixe des standards minimaux pour la reconnaissance et la protection des droits autochtones, tandis que de récentes décisions de la Cour interaméricaine des droits de l’homme insistent sur l’obligation pour les États de respecter les savoirs autochtones dans la protection et la restauration des écosystèmes (2025).

« La sagesse et l’expérience des peuples autochtones sont riches d’enseignements pour nous tous »  – Volker Türk – Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme – 1 (8ème session du Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones – 2025)

Dans cette tendance, la Déclaration des Droits de l’Océan,  que Longitude 181 promeut, propose de reconnaître des droits inhérents à l’Océan, ainsi que les devoirs correspondants des humains pour les protéger, tout en s’appuyant sur la diversité des systèmes de gouvernance  locaux ,  qu’ils soient autochtones, coutumiers, occidentaux ou non . Elle appelle à des systèmes de gouvernance inclusifs où les  communautés côtières, et citoyens de l’Océan ont légitimement leur place comme voix de l’Océan.

Au‑delà des peuples autochtones : une constellation de communautés océaniques

Si les peuples autochtones jouent un rôle essentiel, ils ne sont pas les seuls à transformer la relation à l’Océan. Des pêcheurs artisanaux, comme les Garifunas de la côte caraïbe, articulent leurs pratiques de subsistance, leurs cultures et leurs revendications territoriales pour défendre des littoraux menacés et des pêches durables. Des communautés locales et insulaires, de la Grande Sableuse en Australie à la Martinique, construisent des réserves de biosphère et des aires protégées où leurs savoirs et leurs pratiques sont au cœur des dispositifs de conservation

De nouvelles coalitions, comme celles mises en avant dans le numéro spécial du Parks Stewardship Forum « We Are Ocean People : Indigenous Leadership in Marine Conservation » ou dans les APAC marines (territoires et aires conservés par les peuples autochtones et communautés locales), affirment que la conservation commence dans les villages, les cultures en cours et les gouvernances coutumières, pas seulement dans les traités internationaux.

Lors du Congrès mondial de la nature de l’UICN en octobre 2025, la session « People of the Oceans Breakthrough » organisée par l’initiative ReSea a formalisé une vision où les Peuples de l’Océan –locaux, femmes, jeunes – sont au centre de l’agenda océan‑climat, et pas simplement invités à la marge.

Reste à la reconnaître vraiment.

Pour Longitude 181 , ce sont  des communautés locales, y compris en Occident , quu permettront de faire émerger une gouvernance locale de l’Océan  en améliorant les pratiques ( prudhommies, cantonnements de pêche, aires marines,..) en gérant les contraintes et les relations avec les usagers de la mer, l’etat , et les collectivités diverses.

« Je pense que pour résoudre nos problèmes environnementaux, il nous faut passer d’une conception où l’on protège la nature parce qu’elle est utile à une conception où on la protège parce qu’elle est inutile » Hayao Miyazaki (Cine Furontosha, juillet 1997)

 

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