Commerces et CITES


Des espèces marines en dangerLes campagnes de protectionEn savoir plus...

  • N’achetez pas de souvenirs arrachés à la mer
  • Demandez au restaurateur comment sont pêchés les produits de la mer
  • Boycottez les restaurants qui servent de la soupe d’ailerons de requin, viande de tortue, de cétacés ou de poissons péchés au cyanure
  • Demandez la liste des espèces menacées

 Dossier : Commerce des espèces marines en danger

Chaque année le commerce international des espèces sauvages représente des milliards d’euros et porte sur des centaines de millions de spécimens de plantes et d’animaux.
Son ampleur est telle qu’il est seulement surpassé par le trafic de drogues et d’armes !
Ce grand marché mondial comprend, non seulement la faune et de la flore vulnérables, mais aussi les produits de pêcheries pas toujours légales.
Dans ce marché, l’évaluation du commerce des espèces marines est difficile, les études sont rares et le contrôle ardu.

Or, la demande motive ce commerce, c’est pourquoi nous sommes tous concernés.

Nous présenterons, dans ce dossier, les 3 aspects de ce commerce qui mettent les espèces en danger : le commerce illicite, les abus du commerce légal (profitant des lacunes dans les réglementations), et enfin la violation des réglementations du commerce international (même par les pays ayant signé ces réglementations).

Un dossier réalisé par Maud Sarano

Quelles conventions réglementent le commerce international ?

La CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) ou Convention de Washington, signée en 1975, réglemente le commerce international. Cette convention, à laquelle les États adhèrent volontairement, ne possède malheureusement pas de police internationale pour faire respecter ses propositions.
Actuellement, 175 États adhèrent à la CITES, mais 23 États n’y adhèrent pas : Andorre, Angola, Anguilla, Bahreïn, Haïti, Iles Cook, Iles Féroé, Iles Marshall, Iles Turques-et-Caïques, Irak, Kiribati, Liban, Iles Maldives, Micronésie, Ile Nauru, Nioué, République démocratique populaire de Corée, Tadjikistan, Turkménistan, Timor oriental, Iles Tonga, Iles Tuvalu. Ces pays sont de probables lieux de trafic ou de passage du trafic.
La CITES instaure les règles du commerce international concernant la faune et la flore menacées. Ces règles varient en fonction de l’importance de la menace qui pèse sur chaque espèce.

La CITES classe les espèces en 3 groupes qu’elle appelle « Annexe »:

  • Annexe I : Concerne les espèces menacées d’extinction. Leur commerce est seulement autorisé dans le cadre de la recherche scientifique.
  • Annexe II : Concerne les espèces dont le commerce doit être réglementé pour éviter une exploitation incompatible avec leur survie. Il faut alors un permis d’exportation.
  • Annexe III : Concerne les espèces protégées dans un pays qui demande aux autres États membres leur coopération pour empêcher les abus. Il faut, là aussi, un permis approprié.

Comment fonctionne la CITES ?

Organisation de la CITES

Pour classer les espèces dans l’une de ses Annexes, la CITES s’appuie d’une part sur le classement des espèces en danger établi par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) et, d’autre part, sur les données sur le commerce des espèces rassemblées par le PNUE – WCMC (collaboration entre le Programme des Nation Unies pour l’Environnement et le WCMC, une association caritative basée au Royaume-Uni).

Ainsi, la CITES est organisée par la conférence des Parties que secondent le Comité permanent, le Comité pour les animaux et le Comité pour les plantes. La conférence des Parties se réunit tous les 3 ans, la dernière conférence s’est déroulée en 2007, la prochaine sera donc en Mars 2010. Le secrétariat de la CITES, organe majeur et décisionnel, est associé au PNUE.

Comment détermine-t-on qu’une espèce est en danger ?

A partir du travail réalisé par l’UICN qui a dressé La liste rouge (ou Red list consortium) dans laquelle elle classe les espèces en danger en 9 catégories, suivant leur statut. Cette Liste rouge est réactualisée chaque année en fonction de l’évolution des populations.

EX : Espèce disparue.

EW : Espèce ayant disparu, ne survivant qu’en captivité.

CR : En danger critique d’extinction, l’espèce compte moins de 250 individus matures ou leur nombre a diminué de 80%, soit en 3 générations, soit au cours des 15 dernières années.

EN : En danger, la diminution touche 70% des individus adultes en 3 générations ou au cours des 15 dernières années.

VN : Vulnérable. Le déclin est de 60% en 3 générations ou au cours des 15 dernières années.

NT : Quasi-menacée.

LC : Préoccupation mineure.

DD : Données insuffisantes.

NE : Non évaluée

Le programme TRAFFIC, créé en 1976 par le WWF et l’UICN, joue aussi un rôle majeur dans la détermination et la protection des espèces menacés concernées par le commerce et les trafics en tout genre. Il veille à l’application des réglementations de la CITES afin d’assurer un commerce durable des espèces menacées. Il lutte aussi contre la surexploitation de la faune et de la flore en s’engageant vers un meilleur contrôle du commerce mondial. Ce programme est étendu sur les cinq continents, il possède des bureaux un peu partout dans le monde.

Les espèces marines classées sur la Liste rouge sont extrêmement nombreuses, nous ne présenterons ici que de les animaux concernés par le commerce.

Cas particulier des cultures et commerces traditionnels aborigènes

Si le commerce de l’ensemble des cétacés est strictement réglementé, un certain nombre de pays (Japon, Canada, Norvège) se servent de l’argument « aborigène » pour contourner cette réglementation. Ces dérogations « aborigènes » sont censées préserver une culture traditionnelle, mais elles couvrent dans la plupart des cas un commerce qui ne respecte en rien les traditions.

Cependant, il faut avoir une réflexion sur le commerce des objets artistiques traditionnels qui permettent à certaines petites communautés de vivre dans le respect des traditions en utilisant les ressources locales.

C’est le cas de la communauté des Inuits de Qanaaq, au Groenland, qui s’astreint à chasser les narvals comme leurs ancêtres, en canoë et avec des harpons, afin de préserver leurs traditions.

Le commerce de l’ivoire de la dent du narval est vital pour les Inuits de Qanaaq.
Doit-on condamner cette petite communauté, qui n’a que ces ressources pour vivre, et la plonger dans l’alcool, dans un monde moderne qui les détruit en refusant le commerce de l’ivoire de quelques narvals ?

chasse traditionnelle au narval par les Inuits

Quelles sont les motivations de ce commerce ?

les voiles de ces bateaux sont en
écaille de tortue marine

Souvenir ou collection :

Les hippocampes séchés, coquillages, coraux et autres bijoux, carapaces de tortue, dents et mâchoires de requins,..etc constituent des souvenirs et objets de collection.
C’est ici NOTRE demande qui encourage le prélèvement outrancier d’animaux marins, et ce, dans le seul but de ramener des souvenirs ou de compléter des collections.
La rencontre avec une tortue vivante est tellement plus enrichissante que sa seule carapace entreposée chez soi comme un trophée !

Notre impact est réel, agir de façon responsable est une nécessité !

D’autant que ce phénomène prend de l’ampleur, du fait de la puissance de notre pouvoir d’achat qui rend, pour les populations locales, la vente de ces produits touristiques bien plus attractive que la pêche…

Le marché de l’aquariophilie

La demande des particuliers en poisson tropicaux, coraux, coquillages et autres crustacés est croissante ; or le prélèvement qui en résulte, au niveau local, vide les milieux d’origine.
Parfois les poissons sont péchés au cyanure, ou même à la dynamite, provoquant la destruction du milieu.
La gestion des grands aquariums publics est bien différente. Dans la grande majorité des cas, les poissons y sont élevés. Les aquariums respectent les règles de protection de l’environnement et le contrôle des importations y est efficace.

Les delphinariums

Voir dossier Cétacés : cliquez ici

Le marché de l’alimentation de luxe

Bien sûr, on pêche pour s’alimenter. Mais parfois cette alimentation revêt une dimension sociale : elle permet d’afficher un statut social, un luxe apparent. C’est cette attitude qui « vide les océans ».
La soupe d’ailerons de requin, dont le goût est très insipide, est l’exemple même de cette consommation de luxe en Chine. D’autant que, avec l’arrivée d’une vaste classe moyenne, de plus en plus de gens peuvent se payer ce type de produits.

Le marché de la médecine ou de la pharmacie

Dans le cadre des médecines traditionnelles, un certain nombre d’animaux marins entrent dans la composition de remèdes ou de fortifiants : parfois, c’est pour leurs vertus supposées de stimulation de la force, virilité.
La hausse du niveau de vie dans les pays émergeants, et donc du nombre de personnes pouvant acheter à des prix exorbitants ces produits, entraîne une surexploitation des ressources.

L’augmentation du niveau de vie dans les pays émergeants, les caprices touristiques associés à l’augmentation du tourisme et le rôle nouveau d’internet entraînent la surexploitation des ressources de l’océan.

En effet, l’internet complique le contrôle du commerce car il facilite les relations acheteurs-exportateurs, les paiements, la recherche d’un produit, la comparaison des prix et des vendeurs.
Voir à ce sujet cet article paru dans le journal Le Monde

Pour en savoir plus vous pouvez aller sur le site: Fonds international pour la protection des animaux

Quelles sont les conséquences de ce commerce ?

Colonie coralienne

Sur les écosystèmes :

Le commerce entraîne la destruction du milieu par l’utilisation du cyanure, de la dynamite, et des engins de pêche. Il provoque, par réaction en chaîne, la disparition des espèces qui en dépendent.

Sur l’économie locale :

Si les riverains font parfois des profits à court terme, à long terme l’environnement est détruit, et ces personnes se retrouvent sans ressources. Dans tous les cas, leur mode de vie change de façon brusque.

 Quel est notre rôle et quelles actions peut-on mener ?

En tant que Plongeur ?

  • Ne rien prélever pendant votre plongée.
  • Choisir avec soin les centres de plongée, selon leur philosophie.
  • Privilégier les centres ambassadeurs de la Charte.
  • Comme Touriste à l’étranger ?
  • Ne pas acheter de souvenirs tirés de la mer.
  • Faire attention à tout ce que l’on consomme sur place, à la provenance ; éviter, notamment, les espèces fragiles (mérou, langouste, napoléon, thon rouge,…).
  • Se renseigner sur place à propos des espèces en danger.
  • Encourager les actions locales en faveur du développement durable

En tant que Consommateur dans son propre pays?

  • Faire attention à ce que l’on consomme, à la provenance des poissons et autres produits marins que l’on achète : savoir de quel pays ils sont issus et, par là, si leur prélèvement est durable et équitable.

Comme Citoyen ?

  • Prendre conscience, parler autour de soi de ce commerce.
  • Soutenir des associations, soit financièrement, soit bénévolement en participant à des actions ou en faisant pression sur les gouvernements afin d’adapter les législations et d’influer sur les décisions (nationales, européennes, voire mondiales).

Comme par exemple :

Il faut aussi signaler l’existence des Listes Bleues :

Cette idée date de 1994. Elle est encore en développement et ne concerne pour l’instant que des espaces limités (ex : la province du Québec). Ni les gouvernements nationaux, ni les organismes internationaux ne les utilisent ou n’y font référence.

Ces listes répertorient les espèces animales et végétales, qui ont été placées sur la Liste rouge et qui ont été stabilisées, voire croissent de nouveau avec succès, grâce aux actions entreprises. Une manière de mesurer les progrès réalisés et de montrer les avancées trop souvent cachées derrière le pessimisme de la Liste Rouge.

Elles distinguent 3 catégories :

  • Augmentation des effectifs au point que l’espèce peut être rayée de la Liste rouge
  • Augmentation des effectifs, mais l’espèce reste sur Liste rouge
  • Stabilisation des effectifs.

Pour en savoir plus :