Usines terrestres de saumons : c’est NON !

par | 4 Fév 2026 | Actions Collectives et Soutiens, News

Imaginez : la plus grande ferme-usine de saumons au monde s’installe en plein cœur de l’estuaire de la Gironde, un joyau naturel protégé, déjà fragilisé. 10 000 tonnes par an, 2 millions de saumons élevés en batterie, des millions de mètres cubes d’eau pompés, des rejets polluants dans un écosystème déjà en danger. Ce projet fou, porté par le géant Pure Salmon, soulève l’opposition massive des riverains, des pêcheurs et des scientifiques. 20 000 contributions (participation historique) sur le projet lors de l’enquête publique, 98 % de rejet : la Gironde dit NON.

La plus grande ferme-usine de saumons au monde s’installe en plein cœur de l’estuaire de la Gironde

Une usine géante en zone protégée ? Une aberration écologique et humaine.

Une usine géante en zone protégée ? Une aberration. Le projet Pure Salmon prévoit d’élever 3 millions de saumons en batterie dans des bassins géants, l’équivalent de 250 piscines olympiques, au bord de l’estuaire de la Gironde. Problème : le site est entouré de zones naturelles protégées (Parc Naturel Marin, Parc Naturel Régional du Médoc) et l’estuaire est déjà en état écologique « médiocre ».

Une usine géante en zone protégée, une aberration écologique et humaine © VF Sarano

Pêche aux harengs en concurrence directe avec les orques.
© VF Sarano

Produire un poisson marin carnivore sur terre est une aberration écologique. L’élevage du saumon nécessite d’énormes quantités de poissons sauvages transformés en farine et en huile : jusqu’à six kilos de poissons pêchés pour produire un kilo de saumon d’élevage, sans compter la pêche intensive du krill, espèce vital pour de nombreux animaux, qui donne leur couleur aux saumons.

Autrement dit, loin de soulager les océans, ce type de projet aggrave la pression sur les écosystèmes marins et la pêche industrielle, en concurrence directe avec les grands prédateurs comme les thons, les dauphins ou les baleines.

Cette pêche intense contribue à priver aussi de poissons les populations humaines qui en dépendent comme source vitale de nourriture et de revenus dans le seul but de nourrir des saumons destinés aux pays riches. Le rapport Blue Empire 2024 de Foodrise a révélé que l’industrie norvégienne de l’élevage de saumons a prélevé une quantité de poissons en Afrique de l’Ouest qui aurait pu nourrir 4 millions de personnes.

Rapport de Seastemik et Foodrise

Un projet sous-estimant les impacts de consommations et de pollutions

Le projet soulève de lourdes inquiétudes scientifiques. Le dossier de l’enquête publique s’est révélé incomplet : le rapport clé du Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), portant sur l’impact du pompage d’eau dans les nappes phréatiques, n’a pas été mis à disposition du public. Ce rapport estime pourtant que les besoins en eau seraient largement sous-évalués par le porteur de projet, mettant en cause la viabilité hydrologique du site et la sincérité de la procédure.

Des risques majeurs ignorés :

  • Pompage massif d’eau (270 m³/h) dans des nappes phréatiques déjà fragiles, avec un risque avéré de contamination de la nappe de l’Éocène, une ressource vitale.
  • Rejets polluants (azote, phosphore, matière organique) qui aggraveront la pollution de l’estuaire, menaçant les coquillages, les poissons et les oiseaux.
  • Consommation énergétique pharaonique (100 GWh/an, soit l’équivalent de 35 000 habitants), principalement non renouvelable.
  • Mortalité massive où des centaines de milliers de poissons meurent à cause de dysfonctionnements techniques ou erreurs humaines : 17 cas depuis 2020.
  • Menace sur les emplois locaux : Les pêcheurs et conchyliculteurs craignent une concurrence déloyale et une destruction de leur activité.
Rejets polluants qui aggraveront la pollution de l’estuaire, menaçant les coquillages, les poissons et les oiseaux

Dans un avis très critique, le Conseil Scientifique de l’Estuaire de la Gironde souligne l’absence de retour d’expérience pour un élevage de saumons en système fermé à une telle échelle. Il alerte sur les risques de pollution de l’estuaire, déjà fragilisé, sur la consommation énergétique massive, sur les incertitudes économiques et sur le bien-être animal, les densités d’élevage prévues étant très supérieures aux standards habituels.

Le Conseil scientifique de Gironde a donné un avis défavorable à l’unanimité.

Une mobilisation citoyenne et publique d’ampleur inédite

L’enquête publique a recueilli 20 000 contributions, un record en France, dont 98 % défavorables. Riverains, pêcheurs, associations environnementales, élus locaux et scientifiques convergent dans leur rejet du projet. Plusieurs communes ont voté des motions contre l’usine, et des manifestations ont rassemblé habitants et professionnels de la mer.

La contestation a désormais franchi le seuil national.

Longitude 181 faisait partie de la délégation reçue à l’Assemblée Nationale où députés et ONG ont pu s’exprimer pour une conférence de presse

Une coalition de 25 ONG a saisi les pouvoirs publics et une proposition de loi transpartisane, soutenue par une centaine de députés, demande un moratoire de dix ans sur les fermes-usines de saumons en France.

Longitude 181 faisait partie de la délégation reçue à l’Assemblée nationale où députés et ONG ont pu s’exprimer pour une conférence de presse.

Une coalition de 25 ONG a saisi les pouvoirs publics et une proposition de loi transpartisane, soutenue par une centaine de députés, demande un moratoire de dix ans sur les fermes-usines de saumons en France.

Au-delà du seul cas Pure Salmon, cette affaire révèle un malaise profond : celui d’un modèle industriel qui prétend répondre à la crise écologique en la prolongeant sous une autre forme. Plus qu’un projet local, Pure Salmon est devenu le symbole d’un choix de société désormais ouvertement contesté.

« Dans les pays riches, notre appétit pour les poissons détruit l’Océan et affame les communautés côtières qui en dépendent. Il est temps de faire preuve de courage politique. Nous avons dépassé les limites. Il est urgent de réduire notre consommation et de mettre fin à cette fièvre salmonicole artificielle qui ne répond à aucun besoin. »

Esther Dufaure,
cofondatrice et co-directrice de Seastemik

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