Biologiste sous-marin de renom, photographe reconnu, conférencier, membre du Conseil Scientifique et Ethique de Longitude 181, Steven Weinberg, a tenu à exhumer de ses archives personnelles, un article de sa plume, publié en 2006 dans la revue Plongeurs International. Autres dates, autre fédération, même “combat” à 11 ans d’écart !

La chasse sous-marine débuta sur les rivages méditerranéens vers 1935. Les pionniers s’appellent Lemoigne, Dumas, Tailliez… Il y a aussi de célèbres étrangers, comme Guy Gilpatrick et Hans Hass. Ces jeunes illuminés découvrent alors qu’il est aisé d’attraper de gros poissons avec des engins de fabrication artisanale : tridents, frondes, foënes, arbalètes et fusils… Durant les années de guerre, leurs techniques se généralisent : du temps des cartes de rationnement, pouvoir tirer les sars et les mérous devient une nécessité, plus qu’un divertissement.

Dès les années 1950,  J-Y Cousteau témoigne des ravages de la chasse sous-marine

Depuis ces temps de pénurie, il y a les chasseurs sous-marins et les autres. Sur ce qui les sépare, quelqu’un a écrit : « Le conflit ne devait plus tarder à devenir symbolique car il ne restait plus de poisson digne d’être tiré. De Menton à Marseille la faune d’importance avait pratiquement disparu. Bien sûr, la mer est grande et ce ne sont pas les harponneurs qui la videront, mais la bande littorale propice à la chasse n’est guère plus large qu’une rivière. Ses habitants sédentaires, mérous, peï-quas[1], labres, murènes, qui vivent près de leurs habitations à peu de profondeur, ont été traqués par des centaines, par des milliers de chasseurs. Les poissons des eaux profondes, comme les dentis et les dorades, ne s’aventurent plus dans la zone dangereuse. Les sars passent leurs jours à trembler de peur à l’intérieur de leurs labyrinthes de pierre. Certains poissons qui avaient l’habitude de venir à l’époque du frai pondre leurs œufs près des côtes se sont éloignés pour le plus grand dommage de leur reproduction. En 1936, c’était un jeu d’enfant de tirer un poisson de taille convenable sur la Côte d’Azur. Aujourd’hui, c’est presque une performance. »

Le texte n’est pas de Greenpeace, et ne date pas d’aujourd’hui. L’auteur de ces lignes, écrites il y a plus d’un demi-siècle [2], est Jacques-Yves Cousteau.

D’autres ont fait le même constat. André Bonneau [3] me raconta comment, à la fin des années 1950, il allait admirer « les dizaines de mérous qui prenaient le soleil, tôt le matin, au sec de Rédéris ». Un autre pionnier de la plongée, Yvonne de Rolland-Dalon [4], m’a dit un jour : « La Méditerranée d’alors était riche et belle. Il y avait encore plein de vie: corbs, mérous, langoustes… »

Alors que depuis plus de cinquante ans, tout le monde, et pas des moindres, sont d’accord pour affirmer que la chasse sous-marine fait des ravages, comment se fait-il que cette pratique ne soit pas encore défendue ? Hors des sanctuaires, comme Port-Cros, Rédéris ou Scandola, les mérous, les corbs et les grands sars deviennent des espèces rares. Attend-on que les derniers aient disparu pour arrêter le massacre ? Les exemples des tigres, des éléphants et des rhinocéros ne suffisent-ils pas ?

Il me semble scandaleux qu’on organise encore des championnats de chasse sous-marine. Ce temps me semble révolu ou l’on peut considérer “sport” le massacre d’animaux sans défense. Que les vaillants apnéistes, pour montrer leur savoir-faire et leur respect de l’environnement, se munissent d’appareils photo numériques… On jugera sur clichés s’ils sont de bons “tireurs” ou pas !

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Une image publiée dans “Science et Vie” no.370 de juillet 1948. La légende dit : « Un gibier exceptionnel pour un chasseur sous-marin : un marsouin de 2,1 m de long et pesant 90 kg. » Voilà de quoi on se vantait, il y a 60 ans… Sans connaissance aucune, d’ailleurs : il s’agit clairement d’un dauphin commun (Delphinus delphis) et non d’un marsouin !

[1] “Poisson queu”, nom provençal du corb.

[2] Jacques-Yves COUSTEAU et Frédéric DUMAS : « Le Monde du Silence », Éditions de Paris (1953) : p.16-17.

[3] Voir ailleurs dans ce numéro : « Quand la plongée scientifique était encore “fun” »

[4] Voir « Coup de gueule d’une pionnière”. Plongeurs international, 30: p. 50 (2000)

« Pour l’interdiction définitive des concours de chasse sous‐marine ! »

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